Je suis le genre de personne à m’agacer du temps que passent les bibliothécaires penchés sur leur cher catalogue. Le genre de personne à avoir élevé un autel à la gloire de Thierry Giappiconi dans un coin de mon bureau, et à visionner et faire suivre ce genre de vidéo avec délectation et quelques points d’exclamation. Le genre de personne à fustiger les bibliothécaires de province qui ont la fine bouche devant les notices de la BnF qui « ne sont pas assez bien faites » alors qu’il y a là-bas des gens payés pour établir la Bibliographie nationale française et que dans les bibliothèques publiques il y a nettement plus urgent (au hasard : la médiation aux usagers).

 

Et pourtant, le catalogage occupe actuellement 15% de mon temps, et il continuera d’occuper cette place pendant quelques années. Comme dans toutes les bibliothèques françaises et malgré la grande campagne de rétroconversion des fichiers papier menée par le MCC il y a 15 ans, 40% de notre fonds n’est pas informatisé. L’enquête sur la Réserve des imprimés nous a montré qu’il y manquait 35% des cotes. Dans le fonds général ancien, pourtant objet de la rétroconversion, la proportion doit être à peu près équivalente. Dans les fonds d’imprimés entre 1811 et 1970, c’est bien pis. Mais on ne récupère pas de notices de la BnF, de trop mauvaise qualité.

Alors je ne dis pas que je travaille sur le fonds ancien, avec, outre mon manuel Unimarc et des fiches papier « reliures » et « Réserve » rescapées de je ne sais où, les onglets BnF, BSG et KVK ouverts sur mon navigateur, et que je recopie allégrement les informations que j’y trouve (et si mon ouvrage est dans VD16 ou VD17, alléluia, je vais pouvoir frimer in ze CCFr !).

Non pas pour aller vite, encore que, mais pour passer plus de temps sur ce qui fait la vraie différence dans un catalogue : les marques d’exemplaire. Passer du temps sur une reliure, un ex-libris, des mentions manuscrites qu’aucun autre exemplaire n’aura, je suis d’accord. Passer du temps sur un bloc ISBD, non merci.
Et cela s’applique d’autant plus aux publications contemporaines « de lecture publique » : dès que l’exemplaire acquiert une individualité, il devient patrimonial et entre donc dans ce circuit particulier de catalogage ; et si je suis en face, par le hasard du dépôt légal, du catalogage initial d’une publication, alors je suis bien sûr censée fournir à la communauté une notice conforme, et récupérable par d’autres.

Au-delà de ces deux cas, non, vraiment, pour moi, le catalogage des ouvrages du 20e et du 21e siècle est du temps perdu.

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