ou : pourquoi catalogue-t-on (encore) des imprimés dans les BM.

Le tonneau des Danaïdes, par J. W. Waterhouse (1903)

Des catalogueuses à l'ouvrage. Le tonneau des Danaïdes, par J. W. Waterhouse (1903) -- Wikimedia Commons

C’est une remarque très judicieuse qui sous-tend un récent article de Liber, libri m., remarque qui a tendance, dans les collectivités terrtoriales, à irriguer la réflexion des tutelles : puisque aujourd’hui, dans « le monde avec internet », tout est disponible, puisque les bibliothécaires passent leur temps à réclamer des « passerelles » BnF et toutes ces choses très techniques et très (trop !) coûteuses, comment se fait-il alors que tant d’agents soient occupés au catalogage ?

Petite revue des bonnes et mauvaises raisons de cataloguer en bibliothèque territoriale :

1. Les notices de la BnF ne sont pas « assez bonnes ». Je crois que c’est l’argument que j’ai le plus souvent entendu en 6 ans d’exercice (et durant mes stages auparavant). Oui, il existe encore des agents persuadés qu’ils feront mieux que les spécialistes payés pour élaborer la Bibliographie nationale française à temps complet. Et quoique vous leur montriez le contraire, ils n’en démordront pas. Il y a dans de nombreuses bibliothèques municipales classées ce point d’honneur à être « la BnF en région », et même encore mieux, comme si c’était possible. Expliquez-leur que vous vous contenterez bien de ce « vilain » catalogue constitué de notices récupérées, et vous passerez pour un très mauvais chef de service, car il est bien connu que la bonne tenue du catalogue local reflète la compétence en matière de lecture publique des agents qui l’ont constitué ^^. Même remarque pour les autorités, hélas.

2. Vous avez un SIGB tellement m… -ancien, pardon- et une tutelle tellement obtuse que non seulement vous ne pouvez pas techniquement mettre en pratique la récupération, mais en plus vous ne pouvez pas remplacer votre SIGB par un autre, même libre. Variante : vous pouvez récupérer les notices bibliographiques mais pas les notices d’autorités… vous vous retrouvez donc à gérer des autorités en local. Si si.

Voilà pour le catalogage courant. Passons au reste :

3. Vous êtes dans une collectivité malchanceuse qui n’a pas pu ou su prendre le train des campagnes de conversion rétrospective des catalogues. Alors des petites mains travaillent à signaler (et bien, tant qu’à faire, cf. 1) un fonds antérieur à l’informatisation de la bibliothèque qui -entre nous- n’intéresse plus grand monde. Cela dit, on peut très bien cataloguer en rétrospectif par récupération de notice BnF.

4. Vous êtes dans un centre de catalogage initial. Il en existe encore, notamment les BDLI, où la quantité de publications locales est proprement hallucinante, principalement des feuilles périodiques à l’existence incertaine, éphémère ou souterraine (voire les trois). Mais cataloguer le fonds du DLI ne justifie pas de cataloguer toutes les autres collections de la bibliothèque avec la même exigence.

5. Vous travaillez pour un fonds ancien ou spécialisé. Votre travail de catalogage portera sur les particularités d’exemplaire, celles qui feront que les documents de votre fonds devront être signalés correctement, précisément et complètement pour qu’un public très spécialisé (des chercheurs) ait suffisamment d’informations pour évaluer l’intérêt de votre fonds. C’est là qu’on a le droit d’épépiner les groseilles à la plume d’oie ;). [et là j’espère que mes étudiants me lisent]

Ma position se rapproche donc plus de celle de D. Bourrion : le catalogage complet doit être, au sein des BM, affaire de spécialistes et limité à des fonds spéciaux, et j’ai tendance à considérer tout autre position comme irrecevable depuis que mon dernier argument en faveur de la « correction de notices » BnF (apporter une indexation plus adaptée au public) est progressivement tombé à mesure que l’indexation Rameau est devenue plus systématique, et en constatant à l’usage que peu de mots-clés étaient à reprendre.

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