Airs du temps


Aujourd’hui, Ariste prenait des photos en prévision d’un constat d’état pour des documents qui partent à l’étranger, pendant que Sigisbée, son vacataire, terminait la saisie de tables des matières pour une revue numérisée.

Dans le bureau d’à côté, Bélise peaufinait ses textes et le choix des images qu’elle souhaite voir figurer dans la prochaine exposition patrimoniale, alors qu’Armande, plongée dans un fonds non classé, tentait d’en dégager les cochonneries subtilités.

boîte de conserve ouverte

Le quotidien du service patrimonial

Philaminte était fort occupée à un tableau de récolement quand Chrysale, tout affairé, vint lui dire qu’il recevrait le lendemain le Grand Mammamouchi et sa suite, et qu’il fallait lui préparer une sélection de ses trésors pour les épater. C’est Télémaque, le stagiaire, qui se trouva distrait un peu brutalement de son inventaire de dessins pour les préparer, sous prétexte que cela lui donnerait l’occasion d’apprendre.

En chemin vers le Saint des Saints, Télémaque croisa Gil Blas, son compagnon d’infortune, à demi enseveli sous un tas de vieux journaux qu’on lui avait demandé de cataloguer. On l’avait oublié là, le pauvre, depuis quatre jours. Fort gentiment, Philaminte le délivra en lui donnant pour consigne d’aller, muni d’une clé usb, transférer des fichiers d’un poste à un autre, ce qui lui prendrait bien quatre autres jours vu la rapidité des connexions.

Dorine, penchée avec Martine et Sganarelle sur quelques albums fatigués, se demandait s’il ne valait pas mieux tout démonter pour tout remonter ensuite. Ou tout démonter pour ne rien remonter. Ou tout remonter maintenant. Ou faire semblant de n’avoir rien vu et ranger les albums.

A l’étage supérieur, celui des invités, on n’a vu ni Henriette ni Clitandre aujourd’hui. Armande était un peu triste quand même, elle qui leur avait préparé tout spécialement leurs cochonneries brochures d’avant-guerre préférées. Mais l’on vit enfin arriver Cathos, fidèle à elle-même, qui demanda à ce qu’on lui sorte, 5 minutes avant la fermeture, tout un assortiment de reliures…

… et pendant que les bibliothèques universitaires ferment consciencieusement, comme tous les soirs, les samedis après-midi et les dimanches, ils débarquent tous.

Les lycéens qui, après le premier bac blanc, se disent qu’il serait temps de s’y mettre un peu.

Les étudiants locaux, qui n’ont plus d’endroit où aller pour réviser leurs partiels (top départ : 4 janvier !).

Les étudiants exilés, en vacances chez leurs parents, qui n’ont pas non plus d’autre endroit où aller pour réviser leurs partiels et retrouver leurs copains de lycée, les locaux.

Tous ceux-là sont rarement des habitués, et réclament :

  • plus de places : les 180 que contiennent nos salles ont été remplies en moins de 10 min. montre en main l’autre samedi ;
  • plus d’heures d’ouverture : les 46h hebdomadaires sont loin de suffire, dirait-on  ;
  • plus de manuels : non, nous ne faisons ni médecine, ni pharma, ni gestion… ;
  • internet / le wifi : les collectivités peureuses ne font ni cyber-café, ni four à micro-ondes ;).

Sur un ton pas toujours amène, hélas, car ils ne font pas la différence entre une bibliothèque universitaire et une bibliothèque municipale. Ils ont besoin de sièges, de tables, de ressources, et ils ne les trouvent pas, alors ils s’inquiètent, tempêtent, cherchent un responsable.

Mais les BU sont fermées et la bibliothèque d’étude, elle, reste ouverte, d’abord pour les personnes âgées qui viennent se chauffer en lisant le journal, les chercheurs qui profitent de la trêve de Noël pour abandonner leurs tâches administratives et enfin se consacrer à leur recherche, les hypothétiques amateurs éclairés qui trouveraient enfin le temps de plonger dans les arcanes de notre incomplet catalogue pour en voir jaillir les merveilles souterraines. La bibliothèque d’étude n’est pas d’abord ouverte pour les étudiants en sciences, car « ce n’est pas sa mission ».

Pourquoi ne parvenons-nous pas à mettre en place une coordination entre BU et BM de centre-ville pour accueillir au mieux les étudiants pendant les week-ends et les vacances universitaires ? Pourquoi avons-nous toujours l’impression que ces collègues nous « laissent tomber » au moment où nous avons le plus besoin d’eux ? [Quand on a sublimé sa mauvaise humeur du samedi soir, on dit : « au moment où les étudiants ont le plus besoin d’eux » :).]

Nous avons une salle d’étude, mais « non, ô grand Dieu non, nous ne sommes pas la BU, il n’y a pas de ça chez nous ».

Favoriser la réussite des étudiants ? Il me semble que nous y travaillons tous à rebours, parfois, non ?

Au courrier du début août, il y avait une copie du projet de convention Etat-Ville pour la mise à disposition de conservateurs de bibliothèques à titre gratuit.
Rien de changé par rapport à ce qu’on nous avait montré lors de la réunion du printemps dernier.
Quatre conditions pour cette mise à disposition :

  1. préservation du patrimoine (c’est moi !)
  2. mise en œuvre de projets numériques (c’est encore moi !)
  3. participation à des réseaux régionaux ou nationaux
  4. mise en œuvre de projets territoriaux de lecture publique

L’exercice de fonctions de direction est mentionné à titre éventuel (et à ce que je comprends, peut s’ajouter aux conditions mais non les remplacer), mais je pense que la condition 4. sauvera l’ensemble des postes existants.

La bonne nouvelle – bien que je doute qu’elle fasse l’objet d’une application dans beaucoup de collectivités… – , c’est l’autorisation pour les collectivités de faire bénéficier l’agent du régime indemnitaire en vigueur (question : est-ce compatible avec la « prime de conservateur » que nous verse l’État ?), et que rien d’autre ne change dans notre déroulement de carrière.

Le point pouvant prêter à discussion, c’est la limitation à 3 ans de ce dispositif : si je comprends bien qu’il s’agit pour l’État de limiter son investissement, de pouvoir déployer un conservateur pour des missions courtes (ex. mise en œuvre de réseau, développement d’une bibliothèque numérique pour des bibliothèques plus petites etc.), et de contrôler par là l’exécution des objectifs affichés par une collectivité, je me demande quelles en seront les conséquences du point de vue des postes patrimoniaux (l’objectif étant invariant, sans parler des nécessités du DLI en région), et ce que deviendra le conservateur dont le poste sera « supprimé » au bout des 3 ans (obligé de déménager avec sa famille au gré des missions ? « recasé » en BU ? à la DRAC ? c’est productif ?).

Une sorte d’accord objectif s’établit ainsi dans ce cas entre les acteurs du patrimoine et ceux de la lecture publique pour remettre en vigueur des conceptions qu’on aurait pu croire opportunément dépassées. D’un côté, la bibliothèque d’étude, héritière de la bibliothèque municipale d’autrefois, temple de l’imprimé, lieu du savoir. De l’autre, la bibliothèque de lecture publique, fille des bibliothèques populaires ; on s’y divertit. Séparées et contentes de l’être. Comme autrefois. Seulement réunies pour la forme sous l’appellation de « bibliothèque municipale ».


Gautier-Gentès, Jean-Luc, « Le patrimoine des bibliothèques : rapport à Monsieur le directeur du livre et de la lecture », BBF, 2009, n° 3, p. 27-27
[en ligne] Consulté le 22 juillet 2009

Je ne parviens pas à comprendre pourquoi des ouvrages bien connus, fort documentés, présentés lors d’expositions et décrits en long, en large et en travers dans des catalogues diffusés nationalement…

…n’ont même pas de notice bibliographique dans notre catalogue en ligne.

A part ça je fais de jolies découvertes :

D. Petri Venerabilis,… Cluniacensis quoniam Abbatis: opera haud vulgaria. – Parisiis : Vaeneunt in vico Jacobeo a Damiano Hichman Bibliopola, 1522. – [16 p.]-CCXIIII-XXVIII fol.-[7 p.] ; in-2.
Reliure veau brun estampée à froid sur ais de bois.
Encadrement de filets et d’une roulette d’encadrement ornée d’un décor alterné de deux angelots et d’un angelot musicien .
Cadre central rempli par trois bandes verticales avec dans chaque bande une roulette ornée d’entrelacs.
Sur le plat inférieur : étiquette de parchemin « Epistola d. Petri de Monte », et trace de lacet.
La reliure a fait l’objet d’une restauration.
Marque typographique au titre découpée antérieurement à l’entrée dans les collections.