Idées


Les missions traditionnelles des bibliothèques et celles que s’est donnée Wikipédia se recoupent : il s’agit dans l’un et l’autre cas de mettre à disposition du plus grand nombre et sans jugement des connaissances validées. Voilà pourquoi au lieu de pratiquer la concurrence entre services, l’un et l’autre peuvent au contraire marcher de pair, notamment dans le domaine patrimonial et de l’histoire locale.

Voici quatre manières de contribuer à Wikipédia à titre institutionnel, depuis son bureau.

  • Enrichir les sources et la bibliographie des articles

Le bibliothécaire doit être l’expert en bibliographie dans son domaine, au titre de la veille professionnelle qui l’oblige à se tenir au courant des études et éditions concernant un écrivain, une œuvre originale qu’il détient, une gloire locale. Cette veille se matérialise un peu partout par des piles de photocopies enfermées dans des dossiers (quand ce ne sont pas des boîtes). Pourquoi ne pas rassembler toute cette documentation dormante pour en faire, non par l’article ultime dans une revue savante et très peu lue, mais un article de référence dans l’encyclopédie, qui sera en outre enrichi d’autres sources et dépouillements effectués par d’autres internautes.

  • Enrichir les articles

Pourquoi en effet ne pas exploiter le travail de recherche documentaire fait à l’occasion d’une exposition, d’une acquisition, de la numérisation d’un corpus par une réutilisation dans l’encyclopédie en ligne ? Tout le monde n’a pas les moyens de publier un catalogue ou de développer une exposition virtuelle, alors que l’apprentissage de la syntaxe wiki est relativement rapide et le résultat immédiat.

Attention toutefois à accepter deux fondamentaux du milieu wikipédien :

  1. l’interdiction du « travail inédit ». Le principe de l’encyclopédie est la compilation des sources (cf. Isidore de Séville…). Le produit du dépouillement des sources primaires n’est malheureusement pas autorisé. Mais tant qu’on a la capacité à citer sa source (voir point précédent), on peut à peu près tout assumer.

  2. La mise à disposition du contenu sous la licence CC By-sa. Cela signifie accepter de ne pas être propriétaire de ce contenu, et d’en accepter les modifications ultérieures ainsi que les réutilisations dans d’autres contextes. Il est toujours possible de publier une version (sourcée) correspondant à l’état de l’article tel qu’on l’a enrichi à un instant donné.

  • Participer à un « Projet »

En fouillant l’encyclopédie, on s’aperçoit que très souvent les articles appartiennent à des « portails » qui font l’objet de « projets » disciplinaires, thématiques ou géographiques. S’inscrire parmi les contributeurs du projet local permet de positionner la bibliothèque comme centre de ressources et de référence (bien que de nombreux contributeurs aient recours à des sources en ligne, il leur manque souvent certaines références papier car « tout n’est pas encore numérisé, hélas, mon cher Monsieur » ;)).

Au pire, cher bibliothécaire, inscrivez-vous pour participer au projet « Sciences de l’information » ou aux articles concernant l’histoire du livre.

  • Mettre des ressources directes à disposition
, via Wikimédia Commons »],Façade de la BHVP

Les images numérisées du domaine public, des textes transcrits, des sources, des supports de cours… Le partage des ressources est un aspect fondamental de la mission des bibliothèques, pourquoi les bibliothécaires seraient-ils jaloux de leur propre production ? De nombreux projets Wikimédia sont prêts à accueillir tout cela.

Il est important de comprendre qu’il est légitime de pouvoir réaliser ces actions dans le temps de travail et inscrire la « dissémination des contenus » (terme à la mode) dans les fiches de poste. En effet, tant qu’on est à expliquer aux bibliothécaires qu’il faut se mettre à écrire pour – au choix – le blog de la bibliothèque, le site internet, le petit journal, la page Facebook… et pour valoriser le patrimoine local, eh bien ! Allons jusqu’au bout de la logique et disséminons complètement en produisant ou réutilisant des textes et des images hors des limites de la bibliothèque et de son site/page. Faisons notre travail : signalons, publions. Peu importe où et comment, finalement. Enfin essayonsi.

Et pour faire comme les archivistes, il y a en ce moment Wikilovesmonuments, un concours sur les monuments historiques, alors…

iQuand nous ne sommes pas en train de rédiger des cahiers des charges pour des marchés publics, de nous battre contre l’entropie du papier, ou de rédiger un dossier de 72 pages pour décrocher une subvention…

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Précision : cet article a été élaboré il y a plus d’un an. En suivra certainement un autre pour faire un bilan des expériences Wiki-truc menées dans mon service.

Enseigne de Barbier

Les bibliothécaires, comme les wikipédistes, aiment la tétrapilectomie. - Barber Shop, par Brandon Cripps sur Flickr (CC by-nc-sa)

La présence des bibliothèques et des bibliothécaires dans les projets portés par la fondation Wikimédia a déjà été étudiée, notamment par Remi Mathis et Olivier Morand (bibliothécaires ET wikipédistes, à la suite d’Alain Caraco), et mise en lumière l’an dernier par l’accord Bnf/Wikimédia France. Lionel Dujol a cependant exprimé quelques incompréhensions sur la manière dont bibliothèques et bibliothécaires peuvent participer au projet.

Soyons pragmatiques : combien de bibliothécaires patrimoniaux se sont déjà insurgés contre l’indigence de fiches consacrées à des sujets qu’ils pratiquent quotidiennement ? Et parmi ceux-là, combien sont passés à l’action ?
Wikipédia, l’encyclopédie libre à laquelle chacun peut contribuer, est un formidable terrain de dissémination des données patrimoniales qu’on ne parvient pas toujours à valoriser autrement.
A commencer par, si on a la chance d’exercer dans un lieu historique, un article correct sur sa propre bibliothèque, ou au moins des photos (comme la Bibliothèque Mazarine). Profitez aussi de l’initiative WikilovesMonuments en ce moment pour lancer un concours interne.

Wikipédia a également besoins de références et d’informations sourcées : inutile de préciser à quel point le bibliothécaire est bien placé pour compléter notes et bibliographies (un lien vers une fiche RNBFD comme source, et le tour est joué).
Compléter un article, corriger une information ou même une orthographe erronées, c’est déjà être sur la bonne voie. En créer un, pourquoi pas ? Au minimum il intéressera les membres du portail de votre région sur l’encyclopédie, cette nouvelle engeance d’historiens amateurs qui fréquente parfois incognito votre salle de lecture.

Pour démarrer, c’est par là.

Enfin lu, il fut apprécié.

"Journal des Savants", page de titre

Faire connaître "ce qui se passe de nouveau dans la République des Lettres", objectif du "Journal des savants".

Darnton illustre bien l’ambivalence qui saisit aujourd’hui bibliothécaires et chercheurs : excitation et fascination devant les possibilités offertes par la lecture électronique, et méfiance, voire angoisse à l’égard des politiques hégémoniques de certains acteurs du marché. Cependant, il parvient à démontrer de manière valable (de mon point de vue, mais je ne suis pas économiste) ce que pourrait être un autre modèle de publication électronique de recherche sur le web, l’avènement d’une véritable République mondiale des Lettres. Et nous en avons déjà un exemple en France.

D’autres comptes-rendus plus détaillés parus peu après la sortie du livre sont disponibles.

Par ailleurs, on y apprend beaucoup sur la gestion de la « conservation patrimoniale » aux États-Unis au 20e siècle. Je tâcherais d’y revenir.

Posted from Diigo. The rest of my favorite links are here.

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Ou comment faire quand même lorsque d’une part on n’a aucune perspective d’amélioration de sa visibilité sur le site internet de sa collectivité, et d’autre part aucune latitude pour créer son propre site, ou au moins utiliser des outils de publication de contenu sur le web comme les blogs, les univers Netvibes, les mini-sites Jimdo etc.
En attendant de gagner à l’usure contre les éléments de blocage (une tradition, des pratiques, voire un seul individu), la résignation n’est pas de mise.

Deux solutions proposées, en attendant les vôtres :
1) Le RNBFD, sujet de ce présent article
2) Wikipédia, sujet du prochain de la série

Le Petit Poucet jetant des cailloux derrière lui

Faites comme le petit Poucet, balisez votre chemin pas à pas (image Ac. Amiens sur Wikimedia Commons licence CC by-sa).

Le RNBFD

Le Répertoire national des bibliothèques et fonds documentaires (RNBFD), mis à disposition sur le site du Catalogue collectif de France, peut être un outil de valorisation des fonds patrimoniaux pour peu qu’on se donne la peine d’en pénétrer les arcanes. L’interface de recherche est extrêmement détaillée (pour les bibliothèques : critères géographiques ; pour les fonds : critères intellectuels et de gestion) et donne accès à un module cartographique.
Chaque bibliothèque fait l’objet d’une fiche signalétique qu’il est tout à fait conseillé d’agrémenter soi-même car elle a été réalisée avec les informations accessibles au service du RNBFD. Sur la page d’accueil de cette fiche se trouve la liste des fonds répertoriés pour l’établissement, là encore réalisée avec les moyens du bord : pour les bibliothèques municipales, il s’agit essentiellement des informations trouvées dans Patrimoine des bibliothèques de France. Gageons que nombreux sont ceux (bibliothécaires locaux et chercheurs) qui fulminent devant l’indigence des fiches.

Obtenir auprès du service du RNBFD (très réactif) la grille de signalement des fonds est très aisé, et si dans l’établissement l’histoire de la constitution des collections est bien connue, l’exercice est relativement facile à faire. Dans le cas contraire, c’est l’occasion de s’y pencher. Ce projet peut impliquer plusieurs membres de l’équipe qui seront heureux de faire enfin connaître leur travail de fourmi patrimoniale en attendant la consécration : le courriel du chercheur posant la toute première question sur un fonds sauvé de l’oubli.

On pourra m’objecter le faible rayonnement du RNBFD. Néanmoins, on constate à l’échelle de la bibliothèque que les chercheurs connaissent de plus en plus l’existence du CCFr ; il n’y a donc plus qu’un pas à faire pour les guider vers cet outil.

Deuxièmement, chaque fiche de fonds disposant d’une adresse URL propre dans ce répertoire, il est possible à partir de là de se livrer d’ores et déjà  et en toute tranquillité à un travail de pollinisation du web, par exemple en enrichissant de cette URL l’article de Wikipédia consacrée à un personnage dont la bibliothèque détient le fonds.

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