Il faut l’avouer, je n’étais pas favorable au départ aux sections Étude et Patrimoine isolées des sections de Lecture publique, dans de prestigieux mal pratiques beaux bâtiments le plus souvent classés qui sentent bon la poussière l’encaustique et le suranné. Et puis, les hasards des mutations aidant, je me retrouve à la tête de l’un de ces bâtiments et je commence à y voir autre chose que les inconvénients.

Néanmoins, les services évoluant, dans leurs collectivités, dans des contextes de plus en plus tendus, je m’interroge sur l’avenir de ces « bibliothèques d’étude et du patrimoine » (à commencer par la mienne) qui avaient vocation à cultiver « l’honnête homme » et ont aujourd’hui une tendance plus que certaine à regrouper deux populations antagonistes : le pléthorique étudiant en mal de salle de travail, et l’historien local, par ailleurs de plus en plus rare. Avec cette question dévorante : le bibliothécaire d’étude va-t-il se transformer en surgé de salle de perm’ ?

Avant de lancer une enquête plus précise, j’essaie déjà de rassembler des informations.

Un tableau partagé est disponible à cette adresse, si quelques lecteurs souhaitent y participer, sentez-vous chez vous :

http://petitlien.com/compbibsetude

Merci d’avance !

… et pendant que les bibliothèques universitaires ferment consciencieusement, comme tous les soirs, les samedis après-midi et les dimanches, ils débarquent tous.

Les lycéens qui, après le premier bac blanc, se disent qu’il serait temps de s’y mettre un peu.

Les étudiants locaux, qui n’ont plus d’endroit où aller pour réviser leurs partiels (top départ : 4 janvier !).

Les étudiants exilés, en vacances chez leurs parents, qui n’ont pas non plus d’autre endroit où aller pour réviser leurs partiels et retrouver leurs copains de lycée, les locaux.

Tous ceux-là sont rarement des habitués, et réclament :

  • plus de places : les 180 que contiennent nos salles ont été remplies en moins de 10 min. montre en main l’autre samedi ;
  • plus d’heures d’ouverture : les 46h hebdomadaires sont loin de suffire, dirait-on  ;
  • plus de manuels : non, nous ne faisons ni médecine, ni pharma, ni gestion… ;
  • internet / le wifi : les collectivités peureuses ne font ni cyber-café, ni four à micro-ondes ;).

Sur un ton pas toujours amène, hélas, car ils ne font pas la différence entre une bibliothèque universitaire et une bibliothèque municipale. Ils ont besoin de sièges, de tables, de ressources, et ils ne les trouvent pas, alors ils s’inquiètent, tempêtent, cherchent un responsable.

Mais les BU sont fermées et la bibliothèque d’étude, elle, reste ouverte, d’abord pour les personnes âgées qui viennent se chauffer en lisant le journal, les chercheurs qui profitent de la trêve de Noël pour abandonner leurs tâches administratives et enfin se consacrer à leur recherche, les hypothétiques amateurs éclairés qui trouveraient enfin le temps de plonger dans les arcanes de notre incomplet catalogue pour en voir jaillir les merveilles souterraines. La bibliothèque d’étude n’est pas d’abord ouverte pour les étudiants en sciences, car « ce n’est pas sa mission ».

Pourquoi ne parvenons-nous pas à mettre en place une coordination entre BU et BM de centre-ville pour accueillir au mieux les étudiants pendant les week-ends et les vacances universitaires ? Pourquoi avons-nous toujours l’impression que ces collègues nous « laissent tomber » au moment où nous avons le plus besoin d’eux ? [Quand on a sublimé sa mauvaise humeur du samedi soir, on dit : « au moment où les étudiants ont le plus besoin d’eux » :).]

Nous avons une salle d’étude, mais « non, ô grand Dieu non, nous ne sommes pas la BU, il n’y a pas de ça chez nous ».

Favoriser la réussite des étudiants ? Il me semble que nous y travaillons tous à rebours, parfois, non ?